faux souvenir, Lol V Stein de Duras
Je peuple d'histoires idiotes ma solitude confortable du matin, pendant que dehors la tempête hurle par dessus la colline, et la ville, fait claquer le volet de bois et les arbres. Je lis ce que je trouve sur mon plancher, sur mes vieux linos, des bandes dessinées surtout. Et quand je les ai toutes lues, me viennent de ma mémoire d'autres histoires encore. Une fille blonde surtout, un faux souvenir, car je ne la connais pas.
Peut-être est-ce la fille rencontrée en khâgne, à 18 ans, oui la Lol V. Stein de Marguerite Duras, cette fille à moitié folle, comme anesthésiée, cette amie de Tatiana Karl, cette faculté nomade privée d'âme véritable par un chagrin, une trahison, une douleur plus belle que le soleil. A propos de cette magnifique expression de "faculté nomade", était-ce bien Janet que citait le professeur, M. Pihin? Cela ressemble en tout cas à du Janet, ou du moins, pour autant que je sache, c'est compatible avec sa doctrine de la synthèse mentale, je crois ...
Mais Lol V Stein n'est de toute façon que le reflet d'un faux souvenir plus ancien, cette fille blonde qui hantait mes rêves d'enfant, se baignait dans les placards de ma mémoire faussée, détraquée par la lecture. Elle ressemblait à une svelte adolescente juive et blonde, un peu frakh, effrontée, de ma classe, mais en ce temps je refusais de parler aux filles, selon une Loi dont j'ignorais pourtant tout.