Tout sur ma mère 2
J'aurais tant voulu aimer ma mère, et je ne le pouvais pas, pas vraiment. Je la meprisais plutôt, elle me servait en silence ou me vomissait, elle me faisait travailler mes leçons et me tirait les cheveux à m'arracher la tête.
Surtout elle ne me protégea contre mon père qu'au dernier moment quand il voulut me tuer à coups de pied, elle approuvait sa justice perverse ou bien elle ne voyait en lui qu'un enfant de plus, un peu emporté, un frère pour moi, lui qui en toute amitié me tordait les couilles comme pour me castrer. Il prétendait m'aimer et être le meilleur père du monde, exigeait que je lui récite cette ritournelle dix fois par jour. Vers quatre ans je me suis révolté.
J'ai compris que j'aimais ma mère à ma façon, et même avec une passion de jaloux, quand je fus séparé d'elle et qu'elle me manqua au sens du manque des toxicomanes. Je fis tout pour me débarrasser de cette dépendance, même fuir à Java ou Nancy. Toujours je lui revenais.
Au fond c'est l'histoire d'un type qui aurait voulu aimer sa mère, comme Gary la sienne, ou bien Proust sa grand-mère.