tout sur mon père: poème
Par tous les petits Poucet, par tous les Thénardiers,
par la cognée du bûcheron, les coups de ceinture, les coups de marteau, tu voulus me perdre, mon père, tu voulus me tuer, comme on mouche une bougie, une chandelle, comme on arrache une herbe mauvaise, empoisonnée.
Oui, tu voulus fendre en deux l'arbre de mon jeune été, salir surtout la tendresse de mon bois vert.
Maladroit! Schlemil! Schlimazel! Même cela, qui était le plus facile, tu ne sus point le faire! Il ne suffisait pas de me dire mauvais, il ne suffisait pas de frapper, il ne suffisait pas de violer...
Tu n'étais au fond qu'un piètre bourreau, et un piètre laboureur, tandis que tu creusais de par le milieu le tendre sillon de mes chairs, tandis que tu tordais l'herbe frêle de mon bas ventre, oui cette tige et ces boules de houx minuscules. Ah, que de confidences! Mais j'étais en réalité de puissante semence, même si c'était la tienne, ô piètre ouvrier! Ah, je poussais drû, il est vrai, et je riais bien de tous tes vains efforts! Même de ta colère, même de ta tendresse haineuse, je sus me laver! Et avec quelle eau?
A présent tu pourris dedans la tombe, vois tu n'as même plus de nom, je le porte tout entier. Tu as perdu dirait-on ta langue, on ne l'entend plus fulminer, cette furie jalouse, cette triste épouse allemande.
Il est vrai cependant, et c'est ta victoire, qu'après tout ce temps tu me répugnes encore, ta furie a trouvé pourtant en mon vaste coeur, en mon vaste chant plein de sang, le rude nid de la joie. Ah, le fier oiseau, le bel ange, le mirifique phénix de toutes couleurs!