L'icône de mon coeur
Sage icône de mon coeur
Si semblable à un nombre, si semblable à mes pleurs
Et à ma Joie!
tu fus autrefois un être plus diaphane que le jour,
Jour il est vrai à présent tout enténébré de nuit,
Au bord d'un marais, d'un océan fangeux,
Tu n'étais alors ni homme ni femme
Et tes cheveux mi-longs me semblaient les ailes d'un ange, de quelque géant,
Ou bien d'un blanc et roide moulin!
Et elles tournaient, tournaient sur elles-mêmes
Comme un rêve enchanté, un cauchemar lancinant!
Souvent dans mes rêveries, à présent que me voici bien plus vieux que toi
Tu me reviens pourtant, image de ce que tu fus et de ce que je ne fus point, hélas !
De là-bas, du haut de cette bucolique colline, si près et si loin à jamais tu profères,
Non point quelque noble parole,
Car tu es tout silence,
Mais un chant gracieux qui est bien plutôt une danse
Danse qui séduit plus encore qu'elle ne terrifie!
Ce chant, silencieux comme une nuit sans lune, me ressemble, plus clair seulement, et plus encore à un arbre,
Mon arbre d'autrefois, un arbre tendre, au bois vert encore,
Et à ses premiers fruits, comme toi si blonds, si bouclés! O belle sirène, bel ange, et tes pommes d'or étincelant!
Des oiseaux, comme toi emplumés, les picoraient sans éteindre pourtant leur faim pepiante, tranchante et sifflante ainsi que leurs becs d'humbles mésanges !
Eux, voyageurs infatigables de l'immobile éther.