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écrits du sous-sol 地階から
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1 avril 2020

De la grâce, du jeu, du pouvoir et de la vieillesse

Le gratuit et la grâce: ces deux mots sont bien sûr apparentés.

Avoir de l'esprit: c'est-à-dire que nous n'essayons justement pas d'avoir, nous ne nous écoutons pas parler et nous ne visons rien, nous ne cherchons pas à séduire, nous jouons avec les mots et les idées, nous nous délassons devant un public, comme s'il n'était pas là, et il arrivera, miracle de l'humour, que l'être le plus méfiant et le plus renfermé s'amuse de nos mots et nous réponde sur le même ton. Il a alors - cet être - un ton étrangement précieux et enfantin à la fois, comme s'il renouait avec un âge répudié, comme s'il rompait la garde, fendait l'armure, se plaçait justement sur le plan de l'esprit et oubliait un instant l'épouvante ou la honte que lui inspirent les autres... Il perd sa raideur, devient souple à son tour, et gracieux par conséquent.

Hélas! En vieillissant, nous perdons cette grâce, cette générosité, cet esprit: nous voudrions maintenant nous souvenir, saisir, épingler, ces mots gratuits, les retrouver, au moins qu'on nous dise de quoi nous parlions au juste et qui amusait tant! Mais comme il se doit, il ne reste rien de ce moment, sinon le souvenir un peu douloureux d'avoir franchi une barrière habituellement infranchissable entre nous et les autres. D'avoir selon le mot du moment "communiqué".

Enfermer dans une bouteille ou un texte le presque rien, le jeu, la grâce, comme on épingle un papillon... Saisir entre ses doigts la bulle de savon... Presser comme un citron l'être insaisissable pour en recueillir l'amour... C'est ne pas savoir vivre, c'est en tout cas manquer de savoir vivre.

Comme le désir sénile de ce souvenir, de se souvenir, me semble parfois un crime contre la jeunesse, la grâce, le temps qui ne sait que passer sans se retourner...

Je pense une fois encore à Rousseau, à cette danse innocente autour d'un arbre. La grâce circulait et ne se posait pas, l'on était heureux parce qu'on ne le savait pas. Hélas! L'amour-propre naquit de la préférence, le plus habile à la danse ou au jeu se sentit apprécié et se rengorgea, faisant naître une blessure mortelle, inexpiable, chez ceux qui soudain se surent ses rivaux.

Suis-je heureux, et comment retenir ce bonheur? Quel était le sens de ces mots qui chatoyaient et plaisaient tant? Tout allait bien tant que nous ne nous posions pas ces questions! Mais il était nécessaire, sans doute, que nous finissions par nous les poser, comme on demande, à nos dépens, si on nous aime ou bien non. Amour: m'aimes-tu? Humour: m'huimes-tu? En tout cas, me trouves-tu drôle?

La popularité au sens politique du terme: le verbe circule, l'on joue et l'on agit parfois, ce qui est aussi jeu à sa façon. Mais il y en a un qui retient mieux ce verbe, comme certains retiennent mieux que les autres la lumière! On l'aime, car on aime jouer et voir ou entendre jouer. Il prend la pose. C'en est fini de la grâce et de l'état de grâce.

"On ne peut pas discuter avec vous, vous êtes trop fort!" me dit-on une fois, et ce n'était certes pas un compliment! Remplacez donc le mot "discuter" par le mot "jouer", et vous verrez... C'est que l'emporter dans une discussion, ce n'est pas avoir raison. C'est simplement que notre partenaire manquait d'arguments, ou bien de force rhétorique.

Le pouvoir est un objet a priori (il n'a pas de réalité en dehors du jeu), construit par ce jeu et ce piège: il naît quand la grâce et le désir se posent, cessent de circuler et qu'il n'y a plus de grâce par conséquent. Le sophiste, le comédien, le politique: celui qui fabrique de la grâce, ou son succédané. Dans le jeu proprement dit, le vainqueur n'a rien, sinon la victoire, c'est-à-dire qu'il sera vaincu lors de la prochaine partie! Gagner toujours, c'est ne plus jouer, c'est aller contre l'esprit du jeu! Le pouvoir, c'est ce qui me garantit contre le jeu. Le pouvoir aime le rite, la mise en scène toujours réitérée de la victoire primordiale! La démocratie, par nature, tend à nier le pouvoir, ou en tout cas à l'enfermer dans les limites du jeu, de la partie qui ne prouve rien, en ce sens qu'un coup de dé n'abolira jamais le hasard!   

J'essaie, sans le vouloir, d'enfermer dans des concepts, à l'allemande, cette grâce, ce jeu, son échec et sa victoire. Mais c'est justement cela que manquer de savoir vivre! Il y a il est vrai des pédants plus jeunes que moi, et parfois beaucoup plus jeunes! Je leur envie et leur pédanterie et leur jeunesse!

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Commentaires
R
Avoir de l’esprit, c’est une forme d’élégance mais aussi un brevet d’autosatisfaction. On se fait plaisir. On fait un bon mot. La saillie est valorisante et se fait parfois au détriment d’autrui. User du langage de manière frivole suppose un public réceptif et complice. Ainsi, on ne peut avoir de l’esprit qu’en bonne compagnie. L’idiot ne peut comprendre.<br /> <br /> Quant à la grâce, elle apparaît d’une autre nature, « spirituelle » et profonde. Il est vrai que le terme « spirituel » en matière notamment d’esprit d’à-propos trouve ici sa juste place alors que les deux réalités sont antagonistes. La légèreté d’un côté, la profondeur de l’âme de l’autre.<br /> <br /> Il ne peut y avoir de confusion et le vocabulaire ne peut être que trompeur pour ceux qui ne respectent pas le sens des nuances.<br /> <br /> Au passage, un bon mot, souvent cruel d’ailleurs, nous vaut de sérieuses inimitiés. À l’inverse, il peut être compris de manière relative mais l’humour est une qualité finalement assez peu répandue.<br /> <br /> Avant de l’esprit ne pas rompre la garde ni fendre l’armure mais peut-être se positionner dans une forme de supériorité, sauf à saisir la balle au bond de la part de l’interlocuteur. Alors, la logique est égalitaire. Grâce et humour n’ont une lointaine parentèle.<br /> <br /> Quant à l’âge, il aiguise cet esprit trop longtemps enfouilli et plus aucun enjeu ne fait en sorte que nous cultivons une forme de restriction mentale. Il est vrai que nos préoccupations sont ailleurs car le temps s’acharne et ôte toute perspective.<br /> <br /> En tout état de cause, il n’existe aucune générosité en la matière dans le fait d’assumer plus amplement une forme de cruauté des mots.<br /> <br /> On communique avec soi-même et on se satisfait, quitte parfois à blesser, toujours au nom de cette logique « du bon mot ».<br /> <br /> Quant à une prétendue quête d’amour qui me laisse toujours songeur, elle n’est pas l’abus d’autrui mais une marque de faiblesse car de dépendance.<br /> <br /> Imposer le respect et la crainte sont probablement les vertus cardinales dans une logique aristocratique.<br /> <br /> C’est probablement dans ce constat d’une hiérarchie à double tranchant qu’il est fait référence à l’image de Rousseau, à cette conséquence obligatoire de la compétition et d’un élitisme froid n’obéissant probablement pas à quelque sanction que ce soit hormis peut-être la solitude.<br /> <br /> Il n’y a là rien de particulièrement émouvant ni franchement éprouvant au-delà peut-être d’un paradis perdu, d’un âge d’or qui n’a jamais existé.<br /> <br /> Du jugement d’autrui, il faut faire litière. La capitalisation des empathies à notre égard constitue le rêve éternel de tous les naïfs. L’homme est seul à jamais. Il ne peut communiquer si ce n’est de manière totalement imparfaite et donc migratrice de la réalité intangible de ce que nous voudrions être du marbre mais qui n’est en réalité que de l’albâtre pour ne pas dire un amas de boues.<br /> <br /> La recherche éperdue du bonheur est probablement l’une des choses les plus abominables alors que la seule recherche de l’absence de douleur concrétise déjà une erreur de perspective. <br /> <br /> <br /> <br /> La popularité au sens politique du terme est d’un autre ressort. Il s’agit d’affirmer sa puissance sous la contrainte en démocratie de séduire pour perdurer et affirmer son ego. Seul le Césarisme démocratique qui hisse sur le pavois est à peu près digne d’intérêt. Il ne peut jamais être question de demi-mesure sauf à se contenter d’un rôle intermédiaire et donc d’une forme de médiocrité.<br /> <br /> À ce titre et à bien d’autres, toute discussion de qualité et d’ampleur relève de la dialectique, du didactique, mais en réalité les cartes sont biaisées.<br /> <br /> Chacun peut être très fort dans son domaine et ce constat est souvent frustrant car nous remettons en cause nos propres acquis.<br /> <br /> La culture dans un domaine donné, supposant préalablement une longue réflexion acquise au fur et à mesure, outre l’intelligence intrinsèque, sont redoutables pour l’interlocuteur.<br /> <br /> Il faut toutefois relativiser les choses. Ainsi, soit nous sommes sur le terrain adverse, soit nous sommes sur notre propre terrain. Ainsi, nous choisissons l’endroit où nous livrons bataille où celui-ci nous est imposé, choix que nous acceptons bien volontiers en en connaissant par avance tous les dangers.<br /> <br /> Les mêmes causes ayant toujours les mêmes conséquences, le vainqueur est finalement toujours le même sauf à le faire dévier de son champ de compétence et lui opposer une autre logique, bien souvent fort peu conformiste.<br /> <br /> Là encore, il n’y a aucune grâce mais tout combat peut être marqué par l’élégance qui ressemblerait alors à cette fameuse grâce.<br /> <br /> Le pouvoir est-il un jeu ? Il est surtout un constat dans l’ordonnancement des choses dont il ne peut être fait abstraction. Le terme « jeu» est impropre car pour jouer, il faut un double consentement alors que le pouvoir nous est imposé. Nous n’avons donc pas le choix. La seule vertu en la matière est probablement la tricherie car on ne peut pas tordre le bras de celui qui n’a pas envie de jouer et de remettre son destin entre des mains étrangères.<br /> <br /> Le pouvoir est créateur de mythes. Il doit incarner une forme de majesté forçant le respect. À défaut, il relève d’un quelconque business, d’un mode de gestion globale au travers du marketing. La démocratie n’existe évidemment pas. Il s’agit là d’une notion de science politique complètement aberrante et pourtant probablement et fort malheureusement nécessaire.<br /> <br /> Il faut donc cultiver ses réseaux, s’assurer d’une certaine forme de bienveillance du pouvoir. Il s’agit donc de tirer le meilleur parti de la vassalité et s’assurer une capacité de nuisance et d’alliance des antagonismes. Ainsi, dans ce marché de dupes, il faut avoir plusieurs fers au feu et jouer la partition qui convient en fonction de notre propre préservation.<br /> <br /> S’agirait-t-il une fois encore de l’illustration des principes de Darwin ? Très certainement. Il faut toutefois pondérer le propos, choisir ses ennemis et en connaître les faiblesses pour mieux les exploiter. Quant aux amis, sauf erreur de ma part, il convie de se souvenir de la célèbre phrase de François Ier à son fils lors de la bataille de Pavie.<br /> <br /> La pédanterie, ultime concept évoqué, ne vaut quant à elle aucune observation complémentaire nonobstant un profond mépris de par son caractère éminemment risible.
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  • Confiné dans mon sous-sol depuis mai 2014, j'ai une pensée pour tous les novices du confinement! Mais comme j'ai dit souvent, tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre... Henri Dilberman
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