montrer les abstractions
Pourquoi place-t-on les abstractions et les entités "métaphysiques" dans le ciel, et non dans une dimension supplémentaire sui generis?
Réponse: on les place tout autant dans le passé le plus lointain, à la manière du mythe. Mais il est plus simple de les placer dans le ciel, car c'est plus aisé à désigner du doigt. C'est comme un tableau, espace symbolique distinct de l'espace des choses. Comment montrer du doigt une quatrième ou cinquième dimension?
Objection: mais pourquoi en haut? Et pas en bas?
Réponse: Le haut est une dimension superfétatoire, nous n'y vivons pas, faute d'ailes, ou nous n'y vivions pas autrefois. Alors il sert à cela! L'art aussi, selon Valéry, donne une utilité - si l'on veut - à la richesse superfétatoire de la vie. L'on chantera la multitude des étoiles inutiles, et ainsi on en tirera de la joie, autant, ou autrement, que de la multitude des lingots de la banque suisse, que l'on chante plus rarement, même à Bâle-Basel.
Ajoutons que l'art, et la poésie, explorent à leur façon les limites du dicible et du perceptible. Le sourire de la Joconde n'est pas un mystère, c'est le mystère. Tel est sans doute un des ressorts du mystérieux sentiment du beau: le mystère.
Objection: tu m'en donnes plus que ce que je t'ai demandé...
Réponse: eh bien continuons alors! Le ciel ne fait pas peur, ce n'est pas l'infini de l'espace qui nous sépare des autres et du sens, ce n'est pas l'océan qui isole et enferme le naufragé, ce n'est pas le désert pour le voyageur assoiffé, ce n'est pas la jungle urbaine et sa répétition inutile de tours et de ghettos.
Le ciel n'a pas à être traversé, il n'espace pas la vie du sens.
Objection: pourquoi ne pas montrer les abstractions en bas, sous terre? Nous ne vivons pas non plus sous la terre!
Réponse: certaines abstractions sont souterraines, ainsi l'alchimiste cherche la valeur et le réel, et le sens, au coeur de la matière et de la terre. De même de la vie, selon une image définie du féminin.