Chevalier tombé de la pluie, et de la lune
Chevalier, où est ton cheval?
Chevalier sans rosée, toi l'appelé de personne, où est ta maison, quel est ton combat?
Tous papiers en poche, et une rose, juché sur ta rosse, tu affrontais des rocs, des montagnes, des vallées,
Et surtout des Moulins aux ailes ballantes.
Tu te vêtais de leur nuée et de tous nuages! Ah, le céleste habit!
Tu te baignais de nuits sans rêves comme en une eau pure!
Par tous les délires, tu empoignais le sabre mystique de tout enthousiasme. Mais un sabre n'est point un charme! Ton courage sans merci n'est point une église, il n'ouvre que la porte des carnages! Notre-Dame du désespoir, de la pluie, et des épidémies! Notre-Dame de Jéricho, qui te fera crouler?
C'est à la boucherie chevaline que tu conduisis ta noble jument, la Rosse Cunégonde! Sache-le, le monde est sans issue, sinon la pensée, sinon ta folie, par toutes les fusées de ton roide délire!
Et voici le bouquet de ton fol artifice: tu croyais qu'à force de chercher le chat noir qui n'existe point tu finirais par le trouver. Mais il est trop bien caché pour l'huile de ta vieille lampe!
Et puis, un chat noir n'est pas un chemin dérobé, dérobé, et à qui? Par tous les anges et les archanges!
Un chat noir n'est pas une cavale, que tu montas de bon matin,
apeurée par la lueur vive de ton obscur combat, elle se rebella! Jamais ton jeune bras ne sut la retenir!
Tu te trouvas, nu sous la pluie comme le désespoir, tombé ainsi du train, sans armes et sans souliers,
C'est que le vaste monde n'est guère qu'une lune! Un lourd convoi qui grince sans rime ni raison dedans une nuit sans étoile.
Chevalier de la dernière pluie, quelle est ta destinée? Suffit-il de se perdre et d'errer pour arriver? O, chevalier sans rose et sans épines, chevalier sans promise, on te l'a dérobée, chevalier sans ombre et puis sans souliers!
Chevalier sous la pluie, où est ta rosée?