Les nitouches
Que vous aviez le coeur faux mes petites amoureuses ah toutes vos cartes étaient biseautées, oui vous trichiez tandis que vous me criiez dessus!
Vous habitiez des midis, des rivages cendrés et bleutés, des jardins humides, des paradis enfin où poussaient dru tant de fruits
Ah, par toutes les saisons et toutes les moissons, par toutes les nymphes et toutes les succubes, que j'aimais votre bel été,
De tous ces fruits défendus, je ne me souviens que de la figue épineuse, qui me trancha et la langue et le cou! J'étais puceau, me voici castrat!
Vous me montriez, très pète-secs, indignées, vos corsages épanouis et tandis que vous regardiez ailleurs, je dérobais, nouveau prométhée, une étincelle à votre feu glacé, oh, je redoutais tant vos éclats je vous fuyais comme le voleur que j'étais, mon butin était fait d'ombres, et puis de chagrins, de nuits toujours plus timides que mes veilles.
Mais le soleil de ma jeunesse a fui lui aussi, vaincu, c'en est fini de toutes vos colères, de vos figues empoisonnées et de vos mines exaspérées, ah mes nitouches, combien je vous aimais!
Par toutes vos tempêtes, par tous mes hivers, je le jure et en tiendrai le serment, plus jamais je ne voguerai sur vos flots déchaînées, ô colères, ô nuées, ô hystéries!