Le procès de Kafka
Kafka est sans doute celui qui a le mieux compris la nature véritable de la justice, à savoir qu'elle ne peut être qu'une injustice. Une injustice pour le faible, mais pour qui devrait-il y avoir justice, et donc pour qui y a-t-il injustice, sinon pour le faible?
Cruelle machinerie judiciaire, qui semble parler la langue commune, éprouver sentiments communs et formuler idées communes. L'on prépare joyeux, énergique, sa défense, et elle tombe toujours à côté, car la justice est ainsi faite qu'à chaque fois que nous croyons avoir compris, au moins compris ce de quoi l'on nous accuse, eh bien il y a un supplément, un tout petit supplément en toutes petites lettres, qui fait qu'en somme l'on n'a rien compris parce que l'on ne pouvait rien comprendre.
Peut-être qu'on a ajouté ce supplément dans la loi juste pour nous donner tort, ou pour se moquer de nos beaux discours?
Il aurait mieux valu qu'on nous dise dès le début l'essentiel: que nous serons de toute façon condamnés, que le juge s'en fiche et ne veut rien décider, qu'il laisse la machine fonctionner.
Mais l'on cache au veau la finalité de l'abattoir!