Patrie et langue maternelle selon Grundtvig
Ô ma patrie, Ô ma langue ! (Patrie et langue maternelle (texte en prose), adaptation libre)
Les Aèdes grecs depuis longtemps s'étaient tus
Ulysse dans l'océan près d'une nymphe s'était perdu
Par la ceinture de la sirène, par la ceinture de la déesse!
Retentit enfin la rumeur scalde
Mots divins et humbles
Beaux comme un chant
Mots, hélas, que nul ne comprit
Hormis le peuple danois
Ah, venins délicats de la langue latine!
Que pouviez-vous contre le bronze, le métal bruyant
Le métal puissant
De l'épée de notre langue?
Sinon le corrompre.
Ah, monnaie de tous nos mots!
Bel argent, beau bronze!
C'est de ce bronze que le forgeron divin forgeait, laborieux, un chant neuf
Neuf comme un sou!
Et le peuple seul reconnut la frappe de cette monnaie inouïe!
C'était le même bronze, c'était le même or et le même son
Belle épée de la poésie
Belle épée de l'idiome
C'est l'âme dane qui t'enseigna ton art
Et façonna ta lame!
Sombres étrangers, pourquoi ne compreniez-vous point?
C'est que vous ne le pouviez guère
Et nous, nous le pouvions!
Ah vol puissant du Scalde
Quand il se vêt de l'habit de plumes!
C'est la vieille Dise c'est Freya qui le lui prête!
D'un bond il s'élève comme la pensée au plus haut des cieux
Il plane au dessus de nos fleurs de nos arbres de nos prairies
C'est le fracas, le tonnerre, qui gronde sur les mers
Le doux murmure enfin qu'on entend dedans l'alcôve
Voici notre patrie, voici notre langue, et voici son chant
Le même que celui du Scalde
Tour à tour belliqueux puis tendre et amoureux
Un jour le triste venin du latin se sera tari
Et nous vivrons d'un chant plus pur
Hélas si nous avons la mer, et les étoiles dedans la nuit
Qui indiquent leur route aux marins sur la plaine froide et salée
De montagnes, nous n'en avons guère!