Est-ce ainsi que les hommes vivent?
Comment vivre? C'est de la question du comment que s'occupe parfois le philosophe, à la mode antique. Pour cela, il cherche le pourquoi. Mais il trouve le pourquoi qui correspond, comme c'est bizarre, au comment!
Nous avons peur, et nous avons des passions. Nous ne savons pas donner, parce que nous croyons que c'est à nous, et cela n'est pas à nous. Ainsi la vie. Nous mourrons. Le savoir, les mots ne nous appartiennent pas, ni les vérités. L'argent. Il est fait pour circuler.
Celui qui a le pouvoir de nous faire peur, et de nous faire envie. C'est le maître, le despote. A quoi bon l'argent, sinon à faire saliver ceux qui n'en ont pas, à les faire travailler pour nous.
L'amour, et l'amour-propre. Etre celui que justement nous ne sommes pas, l'idée d'un Nous dont l'autre ferait partie, et nous aussi. Nous ne pouvons l'avoir, car déjà nous ne nous possédons pas... Apprenons à être libres, et après l'on verra si l'on aime encore. Peut-être que oui.
Je suis responsable, je ne dépends pas. Je sais que la poterie que j'aime sera un jour cassée. La cheville de mon épouse, le chat qui vit moins longtemps qu'un enfant...
La haine: avoir pitié de nos ennemis, de ceux qui veulent faire du mal, car ils sentent qu'ils n'existent que par là, et par ce qu'ils ont, c'est-à-dire qu'ils n'existent pas. Ils ne peuvent m'atteindre, s'ils n'ont pas ce que je désire, le bien, s'ils ont ce dont je n'ai pas peur, le pouvoir de faire souffrir ceux qui ne sont pas libres en toute chose, déliés de tout, mais pas du Tout.
S'intéresser à tout, et à rien en particulier. Celui qui aime en particulier n'aime pas pour de bon. Et le contraire: Saint Exupéry, l'apprivoisement de ce qui est indifférent en soi.
Ne s'intéresser à rien: l'ennui. Mais il est un intérêt universel: savoir, mais aussi éduquer, bref la vérité, et surtout l'erreur. Le jugement, la critique.
S'intéresser à la liberté: émanciper, mais le suis-je moi-même et quand le serai-je? Quand je n'aurai plus peur de rien, pas même de la torture. Donc, j'en ai peur.
Quand je ne serai plus seul, mais dans la plus grande solitude. Quand je serai avec moi-même.
La mélancolie, c'est se vouloir propriétaire, quand l'on n'a rien, pas même soi. Locataire du monde comme de moi-même!
Les peines et les labeurs: autant d'exercices. Le problème, c'est que l'on n'est pas serein avant d'avoir appris à l'être, et que trop de malheurs nous rend faible, et non point fort, fragile, et non point dur.
Il faut donc de la chance, ou bien de bons maîtres.