vaticinations sur la langue et la chose en soi
L'objet que je perçois, et la chose en soi.
Autrui, par exemple ma mère. L'objet que je m'approprie, le lait de la tendresse humaine, et l'objet qui m'échappe, le sein, autrui en tant qu'autrui.
D'où peut-être le thème du double, le lait, le fiel.
Les mots qui disent les choses et les gens, mais à distance. L'image est la chose et ne l'est pas, le mot n'est pas la chose.
Déjà, le mot est général, il ne vient pas de moi ni de mon expérience, mais de quelque non-sujet collectif, la langue. Il me sépare de moi, et sépare mon moi du monde.
La langue bien faite: elle donne au mot un sens qui correspond à une propriété commune des choses ainsi désignées.
La langue mal faite mais qui donne à penser, de par son ambiguïté, et à créer, à poétiser: elle donne au mot un sens général qui repose sur un simple point de vue, par exemple "légume" qui n'a pas de signification objective, je veux dire biologique.
Les deux nominalismes médiévaux, en somme, l'aristotélicien, Abélard, et l'autre.
Il y a dans la langue poétique une mathématique obscure, le fiel et le miel, la noirceur secrète du lait, la terre bleue comme une orange, formule si comparable à par exemple l'intégrale du mathématicien, presque incompréhensible à notre intelligence, mais qui fonctionne. La formule poétique ne fonctionne pas, elle dissémine le sens de par sa béance.
On retrouve ici le secret de tout art, je veux dire que l'art est une énigme sans solution, le sourire de la Joconde, une énigme qui veut dire l'énigme, et basta, ou plutôt non, cela continue, en roue libre. C'est inexponible.