de l'anonymat et de la célébrité
Rien ne ressemble plus à la célébrité que l'anonymat, puisque l'anonyme renvoie alors aux yeux de chacun, dans la foule moderne, le reflet de l'homme générique, sans qualités, et par conséquent bien connu. Internet en est l'expression la plus claire: chacun y circule de par son anonymat même, de par la platitude de son image, ou plutôt de par le vide. On y a d'autant plus d'amis que l'on existe moins, sinon comme silhouette parfaite, c'est-à-dire passe-partout, absence d'histoire, de qualités déterminées. "Lissitude' dirait Ségolène. J'exagère sans doute, mais ce n'est après tout qu'exercice de style pour passer le temps au mois d'août!
L'on parle de retour des normes, mais s'agit-il bien de cela? Il faudrait être sans âge, peut-être sans sexe (le genre est une arme contre le sexe, et ça fait mal aux...), et bien entendu sans classe sociale, parler l'anglais qui ne soit pas d'Angleterre. Sans race, quant à la religion, je n'en ferai pas l'apologie!
Bref, c'est l'inverse de la norme, l'individu devrait être plus liquide que l'eau, impersonnel, le moi pur du miroir parfait. Et certes, il y a de l'impersonnalité dans la norme morale, mais aussi du courage. Pas dans l'anonymat, ou bien dans le courage de l'assumer sans se plaindre, ce que je ne sais pas faire.
Et l'on est en même temps une monnaie, par exemple on veut se vendre sur le plan amoureux, ou sexuel, par cette neutralité passe partout. La beauté elle-même, quand elle est conforme, confine au même néant.
L'on est une fausse monnaie.
Simmel, ce qu'il dit de l'argent se dit aussi bien de la célébrité, elle constitue le moyen universel, il en va de même de l'anonymat parfait, c'est aussi un moyen universel.
Et quoi, la force de pesanteur de Newton est encore néant universel, en ce sens qu'elle n'est que l'expression déformée d'une géodésique, de la forme même des choses, du temps, en tout cas de l'espace-temps.
A vrai dire, je ne suis pas sûr que cela ait beaucoup de rapport avec ce qui précède! Je suis même sûr du contraire. Et je ne voudrais pas non plus faire l'apologie de la fameuse "diversité"! Alors quoi?
Eh bien, il y a ce que l'on veut, et il y a la nécessité, non des choses, mais du discours que l'on tient à un moment donné, par esprit de système, et aussi de recherche. C'est là peut-être le rapport avec Einstein que je cherchais tout à l'heure, je ne sais trop pourquoi, sans doute le hasard de mes lectures d'été désordonnées.