les radins
Il y a Plaute bien sûr, et Molière, mais j'avais lu dans Gogol l'histoire des âmes mortes, je ne sais plus quel âge j'avais, c'était en français, pas en russe... Et il y a là un personnage, dont le vice est dit-on le plus monstrueux, et le plus incompréhensible, qui soit, la radinerie. Cette passion qui semble rationnelle, et qui est absurde, garder son or jusqu'à la mort, ne rien donner, tout conserver. C'est que l'argent n'est pas périssable, on se dit peut-être qu'un jour on en usera... Après sa mort, je suppose!
Personne n'est plus pauvre, plus à plaindre, que le radin, mais personne ne le plaint, car l'on sent que s'il garde son or, c'est avant tout pour ne rien donner, ne donner à personne, par haine ou indifférence, passionnée ou tranquille, des autres... Et c'est encore qu'il manque d'imagination, ou qu'il ne prend plaisir à rien... sinon à ce qui constitue selon lui l'essence de tous les biens, le nombre, ou le chiffre... Il y a du fanatisme autant que de l'égoïsme et de la haine dans la pingrerie... Pauvres gens qui pères n'ont pas de fils, qui soeurs n'ont pas de frères... Oui pauvres gens bien misérables, dont la vie est un enfer, et ils ne manquent jamais d'essayer par la force que l'argent donne quand on ne le dépense pas de distribuer autour d'eux leur maussaderie, leur torture intérieure, leur vide insondable et lamentable.
Pauvres gens, pauvres gens, que ces riches-là.... Mais il est si difficile de les plaindre! Et si tu les plains, ils penseront que tu te moques d'eux, que tu leur veux du mal, ou pire que tu veux du mal à leur argent, le leur enlever, te l'approprier!