Fugue
Enfant j'allais bien loin pourtant, très sûr de moi et ne sachant guère où mes pas me menaient, je m'égarais souvent à trois pas des maisons et des bois, et trempais mes pieds, mes souliers racornis, comme on dit, dedans des rigoles et des caniveaux. Les oiseaux, que la pluie ébouriffait, me regardaient d'un oeil, noir, étonné et bête, sifflant du bec leurs humbles ritournelles. Les jeunes mères d'autrefois priaient leurs marmots de ne point m'imiter, mais comme ceux d'aujourd'hui, ils n'en faisaient qu'à leur tête!
Et je me souviens de la tête ronde et dorée d'un bois, d'un orme, d'un chêne, que je caressais des yeux comme on caresse de la paume un gros chat bleu, et qui cabriole de-ci de-là, dans l'herbe humide et fraîche, ainsi qu'une toute jeune femme, un enfant, un chiot.