Charles Goodhart, économiste à la Banque d'Angleterre, a donné en 1975 son nom, comme chacun le sait, ou devrait du moins le savoir, à la loi suivante:

"Quand une mesure devient une cible, elle cesse d'être une bonne mesure".

Ainsi, si je veux perdre dix kilos, ou bien je tricherai avec la balance, ou bien je maigrirai de façon artificielle et peu durable, voire je mettrai ma santé en danger, par exemple en jeunant le jour de la pesée jusqu'à midi et en me gavant après la pesée en question!

On rapproche cette loi de la loi de Campbell, qui met en lumière l'effet pervers de certaines politiques publiques en matière d'économie, de commerce et de soins de santé, sans oublier l'éducation, ce qui nous rapprochera de notre cher Paul Valéry.

En effet Campbell considère que : "les tests de réussite peuvent constituer de précieux indicateurs de la réussite scolaire dans des conditions d'enseignement normales axées sur la compétence générale". Cependant, lorsque les résultats des tests deviennent l'objectif premier du processus d'enseignement, ils perdent tous les deux toute valeur, si bien que le processus éducatif lui-même est faussé. 

Cela peut prendre la forme d'une tricherie pure et simple, souvent organisée par le Ministère lui-même - ou le Ministre. Plus généralement, on enseigne le test au lieu d'enseigner le savoir.

Valéry, selon du moins Houlou-Garcia et Maugenest, avait déjà découvert cette idée dans Le Bilan de l'intelligence, 1935. Bilan de l'intelligence, vraiment?

"Le contrôle, en toute matière, aboutit à vicier l'action, à la pervertir". "Le contrôle des études n'est qu'un cas particulier et une démonstration éclatante de cette observation très générale." Par conséquent, le diplôme constitue "l'ennemi mortel de la culture"!  

Autre exemple, que je dois également aux mêmes Antoine Houlou-Garcia et Thierry Maugenest (le Théorème d'Hypocrite): si le salaire des enseignants est si faible, en particulier en France, c'est au nom du sacro-saint équilibre budgétaire, ou encore de l'indicateur des prélèvements obligatoires. Conséquence perverse et bien connue de ce raisonnement lui-même pervers: il ne sert à rien d'engager beaucoup d'enseignants quand c'est nécessaire, à rien en tout cas du point de vue du PIB qui augmentera peu, puisque l'enseignant est mal payé!

Voici donc mon complément à la loi de Valéry-Goodhart, le principe de Dilbery-Dilber(t) : "quand un investissement est utile, il ne sera pas mis en oeuvre, à mesure de cette utilité".

Démonstration: cet investissement coûte généralement cher, puiqu'il est utile. Par conséquent ses effets, par ailleurs indispensables, pèseront relativement peu dans l'indice chiffré, du moins dans un premier temps. Ainsi l'investissement sera jugé considérable, pour un effet presque nul.

CQFD

Il ne s'agit bien sûr pas de l'effet réel, mais simplement de l'influence, l'impact des journalistes, sur les chiffres.