Quand au Printemps les jeunes filles te montrent leur sein et leurs dents bien blanches

En vain, pourtant, sans t'émouvoir davantage qu'un bel oiseau sur une belle branche,

Quand tu perds ton argent par millions et millions et n'en souffres aucunement

Car tu te moques désormais de Ploutos comme de Pénia

Et comme d'une guigne de tes vieux écrits, de tous ces mots

Tombés autrefois dans l'oreille des sourds, dans un vide ignoré d'Epicure même

Malgré toutes ses déclinaisons et ses atomes innombrables

Malgré tous ses mondes et ses intermondes

Quand les livres les plus sages te semblent d'extravagantes chimères

Et le savoir, tissu trivial indigne de ton esprit tout engourdi

Quand ton génie, durement acquis au cours d'innombrables nuits,te pèse, inutile fardeau attaché à tes flancs,

Ah, tu le troquerais tout entier contre un gramme d'enfance!

Quand les mille langues et leurs myriades de mots, affreuses chauve-souris, se cognent contre les murs de ton crâne, ahurissant capharnaüm, confusion de Babel dedans ta pauvre tête!

Quand les haines recuites de tes ennemis, de tes frères, t'indiffèrent soudain

Tandis que l'oeil de Dieu dedans la tombe ne fait, Caïn, que chatouiller ta conscience et ton âme mortes

Ah, blessures innombrables, douleurs de mon corps, souffrances de mon âme, pourquoi ne faites-vous plus mal?

Etes-vous si fâchées contre moi que vous vous taisez soudain? 

Ah par le coutelas tout émoussé! Pauvres alcools éventés et vous, pauvres diables grimaçants,

Que vous êtes tous bouffons à présent!

Et toi l'avocat à la bave empoisonnée, tu n'es plus bon à rien,

Tu ne me fais même plus sourire, avec tes sophismes entortillés et ton âme torse ignorante du droit 

Est-ce donc toi, Sagesse? Ou bien est-ce Folie?

Non point, tu es devenu vieux,

Toi l'homme aux innombrables printemps!