SOIS EMPATHIQUE, QU'ELLE DIT (air des années 68) 

Des gens sans idéaux, centrés sur eux-mêmes, leurs intérêts étroits, leurs proches.

Il ne sont pas pauvres, ils ne sont pas riches, ils n'ont pas de vie intérieure particulièrement puissante.

De plus ils savent, grâce aux médias, qu'ils ont des ennemis, proches ou lointains, des extrémistes convaincus ceux-là, qui sont d'abord extrémistes, fondamentalement, quand nos extrémistes à nous se radicalisent sur un mode plus secondaire. 

Ils craignent de perdre ce qu'ils ont, y compris d'ailleurs leurs libertés, et ils n'ont pas d'empathie particulière pour ceux qui ne leur ressemblent pas, même leur conjoint qui est en général d'un autre sexe que le leur. Et d'ailleurs on les envie, ou même on les hait. Ils détestent ce "on", souvent plus inculte encore qu'eux. Ils ont besoin de lui pour se sentir proche de leurs proches, ceux que l'on hait et assassine le plus souvent à lire Dostoievski...

Voici qu'ils rencontrent des idéologues, qui soudain leur donne une espérance à leur mesure, par exemple la sécurité, ou une solution miraculeuse: tout le mal vient de ceux qui ne te ressemblent pas, ou pas assez, ou de ceux qui te ressemblent et qui par conséquent veulent ta place, te remplacer.

C'est qu'au fond l'être de la masse est un prédateur assagi, vieilli, il est persuadé par son éducation ou sa nature que l'homme est un loup pour l'homme, et c'est l'expérience commune qu'il a du monde. De plus il se sent coupable de sa profonde médiocrité, de ses mauvais penchants, et il entend rejeter cette faute sur de nébuleuses élites, ou bien sur de fâcheux étrangers, souvent plus réactionnaires encore que lui. Et puis, au sein de la foule compacte, il se sent moins faible, moins seul, et aussi moins égoïste, il se dépasse enfin! Il n'ira pas jusqu'à mourir pour les Idéologues, d'autres, plus jeunes, qui ont des choses à prouver et à se prouver, le feront pour eux.

Voici ce que j'écrivais il y a quelques années: apparemment en 2014, comme le temps passe:

 la politique comme gestion de la haine.

Chacun vote pour la France, c'est-à-dire pour lui-même, c'est-à-dire contre les autres! Au fond, rien n'est moins français que l'extrême-droite, rien n'est plus contraire à l'universel, ou même à l'idée de Nation comme NOUS. Ou alors c'est NOUS  contre VOUS.

Je hais les autres, si je suis commerçant, alors le fonctionnaire n'est pas français, ou du moins pas un bon français. Je vote pour le gros bâton qui va casser la gueule de mon voisin, que je déteste, qui est un juif, un métèque, un assisté.

Mais c'est manque d'imagination, car moi aussi je suis un étranger pour mon voisin, et lui aussi souhaite peut-être me casser la gueule au nom de la France!