Quelques éclairages sur la politique éducative du ministre Jean-Michel Blanquer

 

Blanquer, le ministre «  premier pédagogue »

 

 Jamais peut-être depuis Jules Ferry, le ministère et sa politique n'ont été à ce point tributaires d'un seul homme, de son bon sens supposé (ou pragmatisme), de ses conceptions pédagogiques, scientifiques, et de son expérience. Et également de son abondante production de textes pédagogiques, à destination des enseignants, des responsables et des parents. Je citerai surtout L’Ecole de la vie de 2014, rédigé quand il était directeur général de l’ESSEC, ouvrage dont je vais m’inspirer ici.

 

A. Qui est Blanquer ?

 

Une erreur serait, en tout cas, de faire de lui un homme nouveau au ministère, plus ou moins parachuté. En réalité, il a incarné, autant comme Recteur, en particulier à Créteil, qu’en tant qu’homme clé du ministère de Luc Chatel, sous Sarkozy, les aspects les plus audacieux et les plus réfléchis de la politique éducative des gouvernements de droite. Il connait en tout cas les rouages du ministère, d’autant qu’il est l’inventeur de certains d’entre eux.

Donc, une forte expérience au MEN, d'abord comme recteur, de Guyane, dès 2006 Directeur adjoint du cabinet de Robien, puis recteur de l’académie de Créteil, où il fait preuve de volontarisme pour lutter contre le communautarisme et l’échec scolaire, sans craindre d’enfreindre les tabous pédagogiques de gauche, par la suite directeur général de l'enseignement scolaire (DGESCO) sous Sarkozy, poste très important.

C'est là qu'il met en place les fondations d'une nouvelle philosophie de la conduite des politiques publiques, à savoir l'approche « par la preuve ». Il s'agit de lancer toutes les expérimentations et les recherches utiles pour le progrès de notre système éducatif, via un correspondant dans chaque Académie, et donc de faire de l'esprit scientifique et expérimental, de la recherche digne de ce nom, le coeur de l'évolution de l’école française.

 Plus généralement, à le lire, il a passé sa carrière aux responsabilités du MEN à multiplier les initiatives pédagogiques en direction des élèves défavorisés, de leurs parents... (dictionnaires rédigés par les élèves, internats d'excellence). Ses rares échecs seraient dus à la forte pression conservatrice et pseudo-progressiste des syndicats, et aussi aux médias.  

 

 

 

B. Sa philosophie éducative et politique

 

Diplômé de philosophie , juriste de profession (Droit public), il se veut éloigné des querelles de chapelle, mais s'est frotté au pseudo-progressisme des syndicats et des formateurs. Il voit dans cette idéologie plus politique que réellement scientifique qui régnait en maîtresse dans les IUFM la source tant de méthodes inadaptées que de tous les blocages. Sa méthode, qui fait penser à la rhétorique de Macron (les deux ensemble…), revient à rejeter les débats et querelles stériles, idéologiques, pour trouver une troisième voie, pragmatique et scientifique. Par exemple, il n'y a pas à opposer l'automatisme de la lecture au sens, c'est parce qu'on maîtrise le code qu'on peut comprendre et non deviner. Il se veut donc éloigné des querelles de chapelle, mais lucide sur les impasses pédagogiques héritées de mai 68. « Je suis convaincu, dit-il, que l'éducation n'est pas un sujet de clivage gauche-droite. Elle se situe au niveau le plus haut, celui des valeurs ».

Et d’évoquer le lien de l’école et de la vérité scientifique, mais aussi le respect d’autrui, fondé sur l’empathie…

Il n'y a pas non plus d'un côté l'école du dressage ennuyeux et de l'autre l'école du jeu motivant. L'école est, non pas le lieu du plaisir, mais celui ou l'élève apprend à vaincre les difficultés par ses efforts (selon le philosophe Alain), ce qui suppose à la fois motivation et travail.

 

 

C. Pour une politique d’innovation et recherche

 

"Science et confiance sont les deux mamelles de l'éducation" on lit ce curieux clin d'oeil à Sully dans son Ecole de la vie : Blanquer entend en effet incarner la compétence et l'efficacité, le bon sens et le pragmatisme, appuyés sur la vraie recherche et l'expérimentation, contre l'égalitarisme dogmatique, qui est selon lui au rebours de l'intérêt véritable des élèves défavorisés. Ce qu'il appelle les lubies pseudo-progressistes.

Sous le mot recherche, note-t-il contre les anciens IUFM, le meilleur et le pire se côtoient en France. Le meilleur : les neuro-sciences, avec Dehaene, et aussi la linguistique, avec Bentolila.

Le pire : il s'en prend à un certain milieu qui fait autorité en France et est responsable des résultats médiocres des élèves français aux enquêtes internationales, à savoir cette gauche éducative et syndicale qui s'en prend systématiquement aux expériences les plus prometteuses, en abusant de l’argument qui veut que dépasser l’égalitarisme de façade, c’est stigmatiser les écoles des quartiers populaires !

 

 

Quant à la confiance, c'est amener les parents à comprendre et à appuyer le travail des professeurs, ou plutôt, dans son discours tout de même très imprégné de jargon EdNat, de l'équipe éducative : Ecole des parents, mallette des parents. Il faut en tout cas se servir des techniques informatiques pour donner une place plus grande aux parents. Et de s’en prendre à une fédération des parents d’élèves, la FCPE…

 

On l'a compris, Blanquer n'est nullement hostile à l'innovation pédagogique, à deux conditions : qu'il y ait une évaluation scientifique digne de ce nom d'expérimentations préalables, et que ces innovations ne soient pas des innovations pour des innovations, mais qu'elles soient au service des compétences et des savoirs, par exemple monter une pièce de Shakespeare en anglais dans une ZEP.

 

De fait, il est revenu sur une « réforme » de Najat Vallaud-Belkacem, à savoir la quasi-suppression du latin et du grec, plus généralement l'assimilation de toute exigence scolaire à de l'élitisme.

 

Inversement, il ne faut pas des programmes irréalistes qui reviennent à enseigner des théories fumeuses aux élèves du primaire au lieu du vocabulaire et de la grammaire, mots devenus à tort tabou : il s’agit bien sûr de la substitution du prédicat aux compléments d'objet sous Vallaud-Belkacem…

Notes de service et ouvrages, parfois écrits par le ministre lui-même, visent donc à imposer une pédagogie supposée à la fois de bon sens et informée sur le plan scientifique, pour ne rien dire de son expérience de recteur innovant et proche du terrain tant en Guyane qu'à Créteil. Si proche du terrain qu'il faillit se noyer en Guyane dans le fleuve Maroni, au retour d'une visite d'établissement !

 

 Certains de ses adversaires pointent cependant du doigt une relative ignorance du débat scientifique réel, tout spécialement en didactique. Ainsi, il polémique contre la méthode globale, abandonnée depuis longtemps. Lui répond qu'il en reste encore trop de traces, ou encore qu'il ne suffit pas d'abandonner une méthode, qu'il faut en proposer une nouvelle, ou classique, mais qui marche ! En fait, il est proche du courant qu'on appelle pédagogie explicite : des buts clairs, une expérimentation qui parte du terrain et de ce que font les enseignants dont les élèves réussissent le mieux.

 

On lui a reproché aussi de parler de la signification de la soustraction, et non des significations, par exemple chercher un complément pour obtenir un nombre donné à partir d'un autre. Sous prétexte d'être concret, de bon sens, il tomberait dans l'erreur classique qui consiste à ne pas faire entrer les enfants dans le calcul, à les enfermer dans le comptage des objets.

 

D. Vers une nouvelle organisation du système éducatif

 

 Blanquer entend responsabiliser les enseignants, étoffer la hiérarchie de l'éducation nationale (il n’y a que deux ou trois échelons entre le ministre et l’enseignant, ce qu’il regrette), s'inspirer de l'entreprise. Il voit dans la liberté pédagogique, non une forme de responsabilité éducative, mais le paravent d'une manière de lâcher les enseignants sans outils pédagogiques.

Tout au contraire, le ministère doit développer une pensée pédagogique explicite, de plus les écoles doivent être construites autour d'un projet et d'un chef d'établissement fort (rapprochement des écoles des établissements secondaires, et donc plus grande autonomie des écoles, recrutement des enseignants sur postes à profil, en particulier dans les établissements difficiles). Partisan de la décentralisation, il est finalement très directif, ne serait-ce que pour bousculer l'establishment pédagogiste et syndical. Il fait de la bivalence, de l'annualisation, voire de la pluri-annualisation, la condition de la réussite de l'éducation nationale, en particulier dans le secondaire. Il n'entend pas pour autant renoncer aux programmes, en tout cas à des compétences définis,  au service des savoirs fondamentaux.

S'il ne faut pas renoncer à la sanction, elle ne doit pas revenir à exclure de la classe ou de l'établissement les élèves difficiles. Il faut plutôt prévenir, inciter, engager les parents. Néanmoins il a été très utile pour s'occuper des zones grises des établissements, à savoir ce qui ne revient clairement ni de la police ni de l'éducation, de mettre sur pied des équipes mixtes, comme les fameuses "Equipes mobiles de sécurité" dont il est l’initiateur, et qui ont surtout un rôle psychologique, à savoir lutter contre le sentiment d'impuissance face aux phénomènes de violence.

De manière plus générale, le climat scolaire est une notion fondamentale, même s'il insiste tout autant sur l'importance de manuels dignes de ce nom et même de l'habillement non seulement des élèves mais aussi des enseignants et de la direction ; la cravate pour les hommes. Il propose un label "bon climat" ou "sérénité"...     

 

Il n'en salue pas moins certaines démarches classiques, qui ont le mérite de fonctionner, en particulier la dictée quotidienne à l'école élémentaire, les récompenses sous forme de livres, mais à condition de les articuler à de nouvelles approches, celles des sciences du cerveau, et aussi de la linguistique. Quant à la sociologie bourdieusienne, elle s'est progressivement transformée en un conservatisme qui démotive les enseignants, qui n'en avaient pas besoin, tant ils sont déjà infantilisés, d'où selon lui leur agressivité et parfois leur démotivation, leur nihilisme.

 

Le bon sens remplacera le discours jargonneux des programmes précédents par des objectifs ambitieux et explicites, par exemple la maîtrise de la langue via le vocabulaire et la grammaire.

 

Il retient donc de l'école classique l'idée de méthode, celle aussi d'un socle de savoirs fondamentaux, les valeurs, et du pédagogisme le désir de l'élève et la participation, le dynamisme. Mais on ne saurait se contenter d’un programme de contenu, il faut populariser les bonnes pratiques pédagogiques, endiguer les mauvaises, seraient-elles progressistes dans leurs intentions. En particulier les méthodes de lecture non syllabiques qui font appel au cerveau droit, et non au cerveau analytique, le gauche. Aux hypothèses des élèves, et non aux automatismes.  

 

Il insiste beaucoup sur la réforme de l’école primaire, même si c’est surtout le lycée et le baccalauréat qui se verront bientôt bouleversé.

Dès trois ans, les élèves ont des capacités bien plus grandes qu'on ne l'imagine, il faut donc très tôt leur faire acquérir les mécanismes qui les aideront à développer ces capacités, mais aussi les familiariser avec les formes et certains concepts mathématiques.

La grande section et le cours préparatoire doivent être dans la plus grande continuité, d’où une réactivation de la politique des cycles sur trois ans, et non des niveaux par année. Même chose pour le CM2 et la sixième de collège. Les « Cités éducatives » favoriseront une plus grande liaison du primaire et du collège, la coupure étant alors l'entrée au Lycée. Bref, un système plus finlandais...

 

En cours préparatoire et en ce1, il faut un enseignement systématique et rigoureux de la grammaire et du vocabulaire pour une orthographe solide. 

Il s'agit de s'appuyer sur une base scientifique solide et des expérimentations dignes de ce nom, bien évaluées, pour offrir aux enseignants des références et des manuels sûrs. Il y a des méthodes qui font la preuve qu'elles ne fonctionnent pas, il faut les bannir de la formation, des manuels, des circulaires, de la pratique…

 

Il insiste sur la progressivité : chaque marche de l'escalier doit être assurée avant de passer à la suivante. Cela suppose des enseignants suffisamment exigeants, au sens d'une exigence bienveillante. Il faut donc des programmes et des objectifs clairs, et non pas jargonneux et dilatoires. Pour mettre en place des remédiations, les élèves doivent être évalués systématiquement, que cela plaise ou non aux syndicats et aux pseudo-pédagogues. Cela débouche sur des parcours personnalisés, en particulier des aides pour les élèves en difficulté.

  

Le primaire, plus que le secondaire et en particulier le lycée (où il s'agit de se spécialiser), doit être centré sur les contenus et les compétences, totalement inséparables. Les compétences, c'est montrer que l'on a réellement appris les contenus, il est faux et dangereux de les opposer les unes aux autres. Les savoirs fondamentaux reviennent au lire, écrire, compter, mais aussi « respecter autrui » : 100 % des élèves doivent maîtriser les savoir fondamentaux. Cela suppose une insistance sur les automatismes, qu'il n'y a aucun sens à opposer au sens ou à la liberté. En effet, ces automatismes reviennent à créer très tôt les connections neuronales de la lecture. Savoir lire n'a rien de naturel, c'est culturel, contrairement à l'oral, cela suppose donc une prise de conscience de l'existence dans la phrase des mots, mais aussi des syllabes et des phonèmes. Ensuite, l'enfant écrit en recomposant mots et phrases, mais aussi en fixant l'orthographe correcte. Or certains manuels et certaines méthodes font jouer le « cerveau droit », quand il faut au contraire favoriser ici le « cerveau gauche ».

   

Dans le secondaire, on peut réduire le nombre de professeurs en augmentant les heures de service des enseignants, en les annualisant, en renonçant aux séries et aux classes, quitte à remplacer des cours par des ateliers et des groupes de compétences ; d’où l’intérêt pour le numérique et la pédagogie inversée. Il est clair en tout cas pour lui qu’il faut en finir avec un même cursus et un même moule pour tous les élèves (Collège unique en particulier, filières et séries définies), ce qu’il appelle passer du quantitatif au qualitatif.

On ne rend pas service à un élève en le maintenant coûte que coûte dans un modèle standardisé (collège unique, identique dans sa pédagogie et les contenus quel que soit le territoire, en tout cas en théorie), selon une conception du progrès qui, en fait, est « antisociale », écrivait-il en 2014. Bien sûr, cela suppose des passerelles, pour que le processus ne soit pas irréversible. Dans le nouveau collège qu’il appelle de ses vœux, les parcours correspondront aux intérêts des élèves, mais aussi à leurs niveaux. L’on progressera selon la logique de l’escalier, et non un cheminement annuel standardisé, ce qui veut dire qu’il n’y aura plus de classes, mais des groupes à géométrie variable selon les compétences acquises ou non des élèves, sur deux ou trois ans.

   

Sa conviction, c'est que la pédagogie n'est pas une question de moyens matériels, que difficultés et solutions sont de nature immatérielle : en particulier la confiance, l'existence d'une équipe soudée autour de buts clairs et adaptés au terrain local.

Une meilleure pédagogie, c’est souvent faire des économies en renonçant à une pseudo-égalité entre écoles et établissements et donc à des dépenses inutiles, en privilégiant ce qui marche, comme les groupes de compétences centrés sur les difficultés des élèves et non l’empilement de contenus trop ambitieux.

 L’établissement doit être maître de sa stratégie et de ses priorités en fonction du terrain, des élèves. Les équipes doivent être cohérentes, et durer, ce qui suppose un recrutement plus souple, par le chef de l’établissement. Le système de mutation doit donc être moins rigide, et la reconnaissance des mérites des enseignants plus directe. Les parents seront associés au projet de l’établissement, devenu central.

 

 E. Ses premières mesures

 

Si officiellement il s'inspire surtout de son propre passage au Ministère sous Luc Châtel, et de ses innombrables expérimentations en tant que Recteur, il reprend sans le dire aussi des idées de ses prédécesseurs socialistes : stages de réussite à l'entrée au collège.

 

Cellules laïcité.

 

Sécurisation des écoles.

 

Il envoie des « signaux » à l'électorat conservateur : renforcer l’enseignement de la Marseillaise (chantée tous les matins) et des symboles de la République. Il fait mine de promouvoir le redoublement, et bien sûr n'en fait rien. Il se montre habile, d'où une relative popularité : il a su d'emblée revenir sur deux réformes très impopulaires de Hollande, celle des rythmes du primaire et celle du collège, rétablissement aussi des options latin/grec et des classes bi-langues, supprimées pour crime d'élitisme… Mais c'est pour entamer la réforme du baccalauréat et du lycée, avec la suppression des filières, en tout cas dans l'enseignement général, en particulier des classes littéraires, au profit d'une bipolarisation sciences exactes/sciences humaines, économiques et juridiques.

 

 

Sa mesure phare dans le primaire : les dédoublements cp/ce1 en éducation prioritaire, soit un coût de 12 000 postes, pour seulement 4 000 créés en réalité. On remarque aussi que le seuil de 12 élèves maximum est plutôt en réalité un seuil de 15, voire de 16, ceci expliquant cela (le manque de moyens).

 

Autre mesure phare : la scolarité obligatoire dès trois ans, et le renforcement de l'école maternelle. En revanche il est peu favorable à systématiser l'école dès deux ans, car la crèche est en général mieux adaptée, sauf pour les enfants intellectuellement précoces.    

 

Le dispositif « devoirs faits » : les devoirs sont indispensables, mais à la maison ils accentuent les inégalités. Dispositif assuré par des enseignants volontaires payés en heures-sup et des jeunes du service civique.

 

Le coût est là aussi élevé, d'où la recherche d'économies, par exemple au Lycée. Il a en particulier l'idée de réduire le nombre d'enseignants dans le secondaire, grâce à la bivalence, sous prétexte qu'aujourd'hui le savoir se construit de façon interdisciplinaire. « L'excellence est toujours synonyme d'ouverture d'esprit », donc de bivalence, comme le montre le cas de l’Allemagne. Il donne aussi l'exemple de l'histoire des arts, enseignement transversal au collège, et qui est une réussite.

 

 

 politique du recrutement et des carrières

 

Point aveugle de cette politique : la crise du recrutement, faute de carrières attractives. Il estime systématiquement que les primes en zones difficiles ne servent à rien, qu'il faut des enseignants qui collent avec le projet de l'établissement… Et donc généraliser les postes à profil et le recrutement local, en rapport, on l’imagine bien, avec la réforme du concours, et aussi de la formation, actuellement colonisée par les pseudo-sciences de l'éducation.

Selon lui, les professeurs finlandais sont à peine mieux payés que les nôtres, leurs conceptions et leurs méthodes sont en réalité très comparables aux nôtres, malgré la légende. Ce qui est différent, c'est que l'école finlandaise, en particulier le lycée, est soudée autour d'un projet et d'un chef d'établissement. Il évoque également la dignité des professeurs aux yeux de la société finlandaise et à leurs propres yeux, ce qui n’aurait selon  lui rien à voir avec le salaire.

 

Bref, on aura quelques déconvenues si on croit que l'heure est venue de mettre la culture, et les contenus, au centre de l'école. Il pense plutôt en termes de fondamentaux (automatismes dans le premier degré) et de compétences (socle), et voit l'avenir dans le décloisonnement des disciplines, la pédagogie inversée, etc... L'enseignant aide l'élève à surmonter ses erreurs, le cours magistral et disciplinaire sans appartenir au passé aura une place moins importante à l’avenir.

Il y a trop de de professeurs et de matières dans le secondaire, en particulier en sixième, d’où une perte de sens global pour l’enfant. Il faut par conséquent rapprocher au moins le collège de l'école primaire, et mettre en place des pôles, trois avec le français, les sciences et les humanités, pôles qui ont vocation à remédier à cet éparpillement des enseignements (ce qu'il appelle le taylorisme éducatif). Evidemment, cela va de pair avec une remise en cause de la spécialisation des enseignants du collège.

 

On étoffera également la hiérarchie en promouvant certains enseignants "préfets des études" pour un pôle ou un niveau. On assouplira la frontière entre inspection et direction des établissements et écoles, pour renforcer le pouvoir pédagogique et d’évaluation des carrières des chefs d’établissements.

L'idée est ici de lutter contre l'individualisme des enseignants du secondaire et leur supposée démotivation, ou désarroi pédagogique, et bien sûr d'insister sur le suivi de chaque élève, inséparable d'une politique pédagogique propre de l'établissement devenu autonome, un retour en grâce des cycles, des groupes de compétences à la scandinave à la place des classes. Il préconise encore des réseaux d'établissements, par exemple pour les disciplines ou  options rares.

 

Conclusion

 

On remarquera peut-être qu'il insiste peu sur la laïcité et le débat philosophique, sans doute parce qu'il s'agit des marottes de son rival, Vincent Peillon. En revanche l'éducation morale est essentielle: éducation à la générosité, à l'altruisme, au don de soi...

 

 

Trois évolutions lui semblent indispensables :

 

L’insistance sur le socle des savoirs et des compétences en primaire, le déploiement de la liberté, au sens libéral, dans le secondaire, ce qui va de pair avec une autonomie et une responsabilité accrues à l’échelle de l’établissement.

 

 

 

Primaire : il faut évaluer systématiquement les enfants afin de détecter les problèmes le plus tôt possible. Insister sur l’empathie et le langage, via des exercices de lecture et d’écriture. Dès la maternelle les enfants doivent développer leur conscience phonologique. A l’école élémentaire, il développeront leur mémoire et travailleront à résoudre des problèmes, sous les auspices des sciences cognitives.

 

 

 

Il expliquait dans son livre de 2014 que toutes ces réformes, utiles, indispensables, ne seront possibles, que si l’on renonce enfin aux crispations idéologiques et que si l’on comprend que c’est l’avenir de la jeunesse qui est en jeu. Bref, si on y voit davantage que des réformes de droite, libérales…