Comment se fait-il que celui qui comprend le mieux les autres, en raison de sa connaissance intime de sa propre âme, soit celui qui répugne le plus à la vie sociale?

Bien sûr, j'inverse ou confonds la cause et l'effet. C'est parce qu'il a fallu fuir les autres qu'on a développé ce savoir, de soi et de ses ennemis, à savoir ses proches, Papa, Maman! Et soi-même.

Mais le moraliste ne peut s'empêcher de se dire que ce n'est pas seulement qu'on apprend à se connaître en fuyant les autres, c'est encore qu'on trouve en soi ce combat intime du bien et du mal qui nous oblige, au sens moral du mot, à voir cette même méchanceté au coeur de chacun et plus encore de la vie sociale.

Le philanthrope part au contraire du principe que l'action humaine est meilleure que le coeur humain, que c'est dans la solitude que le coeur et la volonté s'aigrissent. Alain remarquait l'impuissance de l'introspection et la force du vouloir. En agissant, et en agissant socialement, je deviendrais meilleur.

René Girard, et toute philosophie du soupçon, voit les choses selon la logique inverse, et encore Arendt, dans une certaine mesure. Agir, c'est ne pas penser, dit-elle, et donc c'est laisser sa chance à la banalité du mal. Hélas, il ne suffit pas de penser pour agir bien ou pour résister. Socrate a pourtant montré en quelque sorte le contraire. Je dis la vérité, et que le tyran me coupe la tête!

En somme agir ne prouve rien, au sens moral, encore faut-il agir en vérité.

Je remarque en lisant la prose du ministre Blanquer qu'il se dit résolu à lutter contre toute logique du bouc émissaire... Ce que Girard jugerait impossible. 

Une fois de plus, hélas, je fais de la psychologie en lieu de métaphysique!