De nos jours, la métaphysique ne peut être que quantique, en un sens qui n'est plus du tout celui du subjectivisme kantien de Heisenberg. Le sujet existe, et fait partie de l'expérience, au même titre qu'un appareil de mesure ou qu'un ordinateur.

Et certes, cela ne résout pas la question de la différence qu'est la conscience, même s'il peut être intéressant de souligner certaines analogies de la conscience et de la réalité quantique. Gell-Mann laisse d'ailleurs entendre que la conscience se comprend mieux comme chaos que comme réalité quantique, étant donné que rien dans le cortex n'évoque pour le moment le jeu des particules-liaisons.

 

Que faire alors de la morale stoïcienne, centrée on le sait sur le déterminisme causal?

Disons que la physique quantique ne fait pas disparaître la nécessité. Il y a des lois, voire une loi de l'univers. Comme cette loi est probabilitaire, elle engendre à notre échelle, au grain très grossier, une multitude de scenarii possibles. A notre échelle, ils ne se recouvrent pas, mais chacun possède une probabilité définie.

Ce qui est nécessaire, c'est d'une part les calculs qui régissent ces probabilités, c'est d'autre part l'histoire: une fois la messe dite, s'ouvrent de nouveaux possibles, mais ce n'est qu'une branche restreinte de ce qui était possible antérieurement.

C'est là que la liberté humaine prend son sens, et sa mesure, si par liberté on entend simplement capacité d'agir sur ce jeu des possibles.

On retrouve donc la règle fondamentale de la morale stoïcienne: prendre la mesure de ce qui dépend de moi et de ce qui n'en dépend point.    

On est au plus loin de la conception kantienne d'une distinction des choses en soi et des phénomènes, de l'assimilation de la liberté à une réalité transcendante, d'où chez Fichte, et dans le spiritualisme chrétien français, l'accent mis sur la volonté - et la foi - aux dépens de la représentation (Blondel: la représentation n'est qu'une phénoménologie, la philosophie sert surtout à prendre conscience du caractère mité, insuffisant, du savoir.)   

Et cependant, je ne saurai jamais ce qu'est être une particule-liaison, je pourrai seulement me le représenter d'une part par le calcul, d'autre part par l'imagination.

En effet, la formule mathématique qui me donne la diversité des particules en une seule loi n'explique pas pourquoi elles existent. Bien sûr, je pourrais répondre que le néant est l'intrication de plusieurs êtres opposés, et que par une sorte de dette ontologique, ou plutôt de crédit, on peut dissocier de ce néant de l'être à condition qu'il soit résorbé plus tard. Il en va comme de la création de monnaie par le crédit: avec ce crédit je puis faire marcher le commerce, payer des salaires, faire un profit et rembourser ma dette, voire m'enrichir (ce qui n'est pas possible dans la réalité physique, l'entropie devant avoir le dernier mot).

Matière et énergie ne sont qu'une seule et même chose. L'information elle-même doit être conçue de manière entropique, comme mise en évidence de l'ordre dans le désordre, au prix d'un désordre accru (ou stable). Cela ne nous explique en rien comment apparaît la conscience de l'information.   

Quoi qu'il en soit, il est presque ridicule de nos jours de philosopher sans se soucier de physique quantique. Mais presque seulement.