Murray Gell-Mann explique très bien qu'il ne faut pas confondre probabilité (par exemple la probabilité entre 0 et 1 que l'as soit tiré par hasard) et la quantité D, quand différents états sont entremêlés et qu'il est impossible de calculer la probabilité de chacun de ces états (parce qu'on ne trouve pas un nombre compris entre 0 et 1, mais une matrice pour le moins peu intuitive).

Le probabilisme ne suffit donc pas: non seulement une histoire précise n'est que probable, au même titre qu'une autre histoire au scénario différent, mais il existe des états où si l'on veut les deux histoires, ou aucune, sont mêlées. Ainsi une particule peut être répandue dans l'espace, passer à la fois par deux fentes d'un appareil.

C'est l'interaction avec le monde extérieur qui produit la probabilité, et par conséquent une histoire définie, du moins à une certaine échelle plus ou moins grossière (l'historien traite peu des quanta, ou encore du rôle de tel buisson dans la bataille de Waterloo!). Ici on retrouve l'intrication de la notion de probabilité et de l'histoire de l'historien, comme le faisait Cournot, qui ne rencontrait pas, du moins explicitement, la problématique du sens. 

Quand je dis que Macron a gagné aux élections, je ne précise pas si M. Dupont en particulier a voté pour lui, ou le contraire. L'histoire des historiens n'a pas une très grande finesse de grain, et ne rencontre en tout cas pas la quantité D.

Il n'y a de temps que parce qu'il y a choix d'une histoire, et donc irruption de la probabilité et non de simples grandeurs D.

A est d'abord à la fois A et non A. C'est par une influence extérieure que A et non A se définissent comme événements probables. Alors apparaît une histoire déterminée, qui commence soit par A, soit par non A. Mais ce n'est vrai qu'à une échelle assez grossière malgré tout.

Il ne s'agit bien sûr nullement de subjectiviser le temps, d'expliquer que c'est le sujet de l'expérience qui oblige le chat de Schrödinger à choisir entre la vie et la mort!

Cette origine du temps n'est pas dans le passé, elle existe à chaque instant, chaque fois que deux scénarii  entremêlés se décohèrent .   

Au passage: si je ne peux pas calculer la probabilité d'un événement, c'est que cette probabilité n'existe pas, que cet événement est noyé dans la soupe quantique! Ce n'est donc nullement là une infirmité du calcul! Au contraire, le calcul semble en prise directe avec la réalité profonde, la physique profonde, pour ne pas abuser pour une fois du mot "métaphysique".