Je vois que Cyrulnik explique les Gilets jaunes à l'aide des mêmes notions que j'utilisais ici naguère (en juin 2018). Au risque du psychologisme, mais cela complète utilement la sociologie de la démocratie et de sa perversion totalitaire, je veux dire le couple Arendt/Tocqueville.

Selon lui, l'homme instable, peu structuré, à la personnalité ouverte à tous les vents, sera le premier atteint par la contagion de la violence, la haine à l'égard des boucs émissaires traditionnels, les juifs, les homosexuels, les femmes. Or on peut supposer que la société de masse fabrique des millions, des milliards, d'hommes de ce type. Et peut-être de femmes, j'en suis un peu moins sûr, à tort ou à raison.

Au passage, c'est la première fois que je lis quelqu'un qui ose présenter l'ouverture de  la personnalité comme une perversion, ce qui me semble profondément vrai. Ouverture, c'est-à-dire inachèvement. Bien sûr, il ne faudrait pas exagérer sans tenir compte du contexte (péché mignon du philosophe, et du poète, qui donnent un sens absolu aux mots et aux choses, d'où mille erreurs jusque dans les raisonnements scientifiques.)

 Ames instables, mauvaises, mais tourmentées par leur paranoïa. Enfants méchants, avides de semer la zizanie autour d'eux. Alors on les frappe, on les torture, et ils s'en souviennent à défaut de comprendre pourquoi.  

Ils ne savent qui ils sont, ils ne savent à quoi se fier, ils font l'épreuve de leur vide quand ils ne nuisent pas. Alors, ils nuisent.

Parfois, ils veulent s'attacher, par désespoir de leur propre néant, de leur propre indétermination. Ils s'attachent contre, pour ainsi dire, mais aussi pour être tout de même autre chose qu'éternel rejet, esprit sans attache et qui nie, et qui se croit, ou se sent, nié.

Ils s'attachent arbitrairement: en général, mais pas toujours, au pire parti.

Ils donnent parfois à leur instabilité le visage extérieur d'un dogme. C'est leur venin, et leur folie.