Il y a travail et travail. Il n'est pas évident, pour une personne vigoureuse, de mettre ses forces et sa santé au service du travail de la pensée, ou encore de l'écriture. Certains énergumènes de la philosophie l'ont théorisé, en opposant comme Nietzsche les culs de plomb et les hardis marcheurs, qui déblatèrent intérieurement ou à haute voix plutôt qu'ils ne se confessent sur la page blanche...

En apparence du moins, et peut-être dans les faits, le travail qui porte sur les choses, ou du moins sur les gens, est plus efficace que l'exercice, qui revient, ainsi en éducation physique, à se transformer directement soi-même, ce qui est ressenti comme ennuyeux.

Curieusement, l'écriture est assimilée au travail sur soi, ce qui n'est pas faux, mais alors tout travail est aussi travail sur soi.

On le sait, l'élève paresseux peut être après tout un travailleur acharné, au sens premier du mot travail.

D'où l'illusion que la pédagogie qui passe par l'activité extérieure, qui porte sur les choses, est favorable au prolétariat et à ses rejetons.

Hélas, les faits, têtus, prouvent le contraire. La pédagogie dite active favorise ceux qui ont déjà les compétences, bref la bourgeoisie intellectuelle et ses rejetons. Je ne sais pas pourquoi je dis "bourgeoisie", les profs sont bien plutôt des prolos, contrairement aux professeurs je suppose...

 Et certes en France, on contourne les faits, on commande à l'expérimentation de confirmer le préjugé.

Est-il vrai que les solutions pratiques servent à contourner les problèmes, et donc à renforcer la doxa?

Disons que si l'on est tourné vers la pratique, il y a de fortes chances qu'on soit plus doxique que philosophique! La relation de causalité peut donc, et même doit, être renversée. Ajoutons qu'on croit, et veut croire, que la pratique évite la réflexion,ou même  que la réflexion nous perdra - ce qui est loin d'être faux, mais c'est encore une autre histoire.

Les paradoxes logiques reposent sur la négation de la dimension empirique de la logique. Ils font de l'outil (organon) un anti-outil, une machine ouverte qui ne produit rien, sinon de l'émerveillement ou de la stupeur. La dialectique.

 On prouve ainsi sans difficulté que le mouvement ne saurait exister. Mais c'est que l'on applique sans précaution le principe de non contradiction à l'empirie, de façon au fond irréfléchie. D'où les analyses de Kant concernant les limites de validité de nos concepts les plus abstraits, les plus universels par conséquent, du moins en apparence.

Je ne dirai pas pour autant que la logique ne sert qu'à ranger nos jugements, car médiatement la logique se rapporte quand même aux faits, comme le montrent (ex absurdo!) les paradoxes.