Penser par soi-même. Je ne peux pas ajouter 2 que tu penses à 2 que je pense... Simone Weil ne connaissait pas Babbage...

Pourtant le scientifique pense collectivement, organiquement, sur le mode par exemple d'une division des tâches.

Lalande en son temps protestait déjà contre la vision individualiste et anarchisante de l'activité philosophique. Il ne s'agit pas d'un art, ni d'alpinisme, mais de vérité, de raison.

Certes il fallait d'abord se libérer de l'autorité, mais ce temps des barricades est révolu et la pensée est libre. Le philosophe reste juché sur sa barricade mentale...

Le problème, c'est qu'il n'y a pas la philosophie comme il y a la physique quantique. On philosophe au contact du non-philosophique, par intelligence ou compréhension de ce non-philosophique mais aussi par réaction ou dépassement de ce matériau. On fera de même au contact d'une matière un tout petit peu moins brute, du moins en général, à savoir la philosophie d'un autre philosophe que soi.

D'ailleurs en sciences aussi une nouveauté suppose un arrachement aux conceptions en vigueur, mais qui font obstacle. Et certes cet arrachement n'est pas forcément purement individuel.

La philosophie est arrachement à l'opinion, du moins en droit, tentative et aventure intellectuelle, vouée d'emblée à l'échec peut-être. Elle piétine, elle ne se contente guère de résultats admis.

Elle suppose une langue, mais aussi la méfiance viscérale à l'égard des mots, et de tout mécanisme.

Il y a pourtant le grand Leibniz, à la fois pur génie et concepteur de la pensée aveugle, algorithmique.

Il faudrait être un artiste de la pensée, mais en toute humilité, c'est-à-dire sans perdre de vue la recherche de la vérité, qui est peut-être recherche du scepticisme. Un scepticisme sans rapport avec le relativisme... 

Et puis, si le principe d'autorité est mort, il y a de nos jours l'idéologie et la langue de bois, rebaptisées pédagogie ou didactique!