DEDANS LE MIROIR

Jeunesse, un refrain nouveau sur tes lèvres, une fleur rouge comme ton coeur dedans tes cheveux bien noirs, Jeunesse, tu me jettes un regard de biais, l'air de dire "alors je te plais"? Ô Le beau et tendre visage! Ce coeur si volage c'est le mien. Je me souviens aussi du bleu, trop clair pour février, et qui brille, de tes yeux.Pour moi seul il dardait ses doux rayons.

Hélas, Jeunesse, tes jours ont fini, l'amour est mort, et tu ne le sais pas, ô pauvre fille, un homme passait, ardent et vif comme un taureau, il était pour toi, battant la mesure de ton coeur et de ta chanson! Seul au monde il était à toi, c'était le bonheur, et il a passé. Elle pleurera à flot, l'urne azurée de tes yeux ! Et ton coeur trop tendre, la fleur écarlate d'autrefois, comme il saignera bien!

Que d'amour! Que de tristesse! ô Harmonie! ô Déception! Vieillesse et pauvreté,  lamentables gémelles, poussent devant leurs seins ballants un chariot tout couvert de hardes misérables qui brinqueballent. Leurs cheveux et leurs lèvres sont d'un rouge criard qui trahit le fard, la chair et la guenille. Diotimes enamourées, elles cherchent depuis toujours sans le retrouver leur bel Expédient, amant fatigué qui rêve et parle d'Or, d'Amour et de Bonheur.

D'après Platon et Gérard de Nerval