Il est des mots, Urashimataroo,umibe, kaigan, qui ont le goût de l'océan, à peine les a-t-on prononcés qu'on se souvient d'une humble existence de pêcheur:

浦島郎  Urashimataroo

 辺  umibe

海岸 kaigan)

 Salé comme tes lèvres, salé comme tes pleurs, était-ce là notre dernier baiser? Tu savais et ne disais point car tu ne parlais pas la langue. Même tes joues étaient salées! et ton coeur! et ton con!

Epouse maritime à l'odeur poissonnière!

Petite sirène des eaux lointaines sirène de la marée et des vastes estuaires! Petite mariée des mers ouvertes, des mers du Sud, qu'on conduisit à Paris, au Faubourg Poissonnière.

Faute de savoir le goût des mots odieux, leur goût de salive morte, ils sont passés par tant de bouches, tu ravalas les sanglots de ton coeur et tu pensas Adieu! Adieu, jeune fille, adieu, forêt de mes rêves! Et de tous les rêves! Adieu le Roi mon père l'océan, adieu ma Reine la rive amère!

Tu bordais dans son lit, ma mère, l'océan cruel, l'océan aux vagues invincibles et mêlais tes ombrages forestiers et ravis au sable dont on fait les horloges et les sabliers.

Ah, pousses de bambou, ah, mois de lune et menstrues! Ah, le temps, ah le temps qui sépare l'amour de l'amour! l'amoureux de l'amoureuse! Et toute chose d'elle-même si du moins elle persévère!

Et réciproquement.   

Qu'écrivait - dis-le moi si tu le peux à présent -  la forêt aux saveurs d'iode et de sel dedans l'encre du buvard impatient?

"Les filets lestés de boules de verre couleur de cul de bouteille séchaient près des fûts des premiers arbustes, et ce silence compliqué des choses trop humaines s'écrivait dedans mon coeur volubile" dit-elle.   

Il avait plu sur nos amours maritimes et la pluie nous abritait comme un temple magnifique et humide, dit-elle aussi. C'était notre palais du fond des eaux et de toutes les saisons en choeur accordées à mon coeur, à ton coeur.

Alors, bien sûr, nous étions trempés, l'odeur de la marée et de ton huître poissonnière s'en étaient allées sur leurs cinq pattes d'étoile de mer. L'horizon n'était plus le même et aucun navire n'aborda plus aux ports francs des flancs laiteux et ardents (blancs quoi!) des nuages de là-bas, des nuages de là-haut. 

 

 

Explication: il s'agit là au moins autant de la petite sirène d'Andersen que du pêcheur Urashimataroo et de sa princesse dans son palais des fonds des mers, où coexistent toutes les saisons. Cela ouvre bien sûr au thème du temps et de ses paradoxes.

Merci à Eluard et à ses saisons à l'unisson, merci aussi à Apollinaire et à "son " con vaste comme un estuaire à l'odeur poissonnière! Merci aussi à l'averse qui noya un jour nos amours, tous nos amours.