En contemplant, effrayé, par dessus les ardoises et les tuiles, tellement civilisées, un bout de ciel d'orage qui montre son nez. Est-ce ce nez qu'un philosophe, fou peut-être, avait pris pour l'Etre? Et le vol tors de ces nuages lourds de tempêtes. De tempêtes et de guerres...

Il est dans nos châteaux, nos maisons et nos manoirs, des domestiques, humbles d'apparence, dont les reflets torves trahissent la malice. Les uns, replets, faits d'un métal mercenaire et mauvais, feignent de sommeiller, mais ils sont obscènes et aiment forniquer, les autres, de plus plébéienne nature, sont efflanqués, aigus et tranchants.

Peu sympathiques, ils ressemblent bien plutôt aux rats, aux orvets et aux vipères, qu'à de bons chats douillets. Ils furent pourtant forgés par l'homme, afin de le servir, mais c'était un jour de colère, je suppose, il travaillait à la forge comme on besogne une femme que l'on n'aime guère! Ce sont des choses de métal, d'or, d'argent ou de fer, des lames et des trésors infâmes, bien faits pour arracher à l'âme des cris de désespoir et des larmes.

N'est-il pas en nos villes, par même logique, des métiers, métiers sauvages pourtant, fort dignes des cannibales? Ennemis très urbains du genre humain, vous guettez la proie afin de la dépouiller! Banquiers, éloquents avocats qui roulez, dedans votre bave, les mensonges comme autant d'assassins cailloux, médecins vertueux, d'une vertu vénéneuse d'empoisonneurs! Notables, pirates honorables, honnêtes ministres à l'insatiable appétit, huissiers, courtisanes et autres notaires, ô peuple bourgeois, ô peuple criminel, de nos vieux romans!   

 

Que dire alors du philosophe de métier, sage par profession, payé par l'Etat, maître - dit-il - de la plus rebelle des pensées? Ayant dressé à la trique  cette rude cavale, la menaçant sans cesse de la faire rentrer dans sa lampe, ou bien son anneau, voici qu'il la chevauche, nouveau Sancho, comme un simple baudet!

Certains enfin se veulent poètes, et se font berger du plus assassin des verbes: l'Etre, ignoré - on le sait - des langues plus civilisées que les nôtres.